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Recherches
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L'enfant
sourd à la découverte
de la langue parlée |
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04 |
Apports et limites de la lecture sur les lèvres
pour lacquisition de la langue française |
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Apports et limites
de la lecture sur les lèvres pour l'acquisition
de la langue française |
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Lenfant sourd sévère ou profond
doit compléter son audition par la lecture sur
les lèvres pour percevoir la langue parlée
autour de lui. Ce mode de réception de la langue
orale présente de grandes difficultés.
Les connaître permet de mieux comprendre comment
le LPC y répond et comment il permet à
lenfant sourd dacquérir naturellement
une langue riche et correcte par la lecture sur les
lèvres
à condition quon lui
parle une langue adaptée à son âge,
cest à dire de plus en plus riche et variée.
Pourquoi cette attention à la langue française
? Non par idéologie mais pour des raisons de
nécessité. Nous savons que la maîtrise
de la langue française est nécessaire
pour atteindre deux objectifs fondamentaux de toute
éducation : lautonomie et lintégration
dans la société.
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Comment
un enfant sourd peut-il comprendre ce quon lui
dit quand on sexprime sans
L.P.C ?
> Obstacle
à franchir : La perception
Pour parler, nous produisons des sons que nous modulons
de diverses façons, notamment grâce aux
mouvements des lèvres. Normalement, la perception
de ces sons seffectue grâce à laudition.
Or lenfant sourd entend peu ou pas les sons
du français oral. Certes il est appareillé.
Mais si les prothèses peuvent restaurer laudition
dans les cas de surdités légères
et moyennes, il nen est pas de même dans
les cas de surdité sévère ou
profonde, quil sagisse dun appareillage
traditionnel ou de limplant cochléaire.
Implant cochléaire : prothèse qui convertit
les sons en signaux électriques et stimule
artificiellement le nerf auditif. Des électrodes
implantées dans une partie de loreille
interne, la cochlée, reçoivent ces signaux
électriques et les transmettent aux centres
nerveux de laudition.
Pour ces enfants, les perceptions auditives de la
parole restent :
- amputées (bon nombre des sons amplifiés
par les prothèses classiques ne peuvent être
perçus par les sourds sévères
ou profonds)
- déformées ( les sons perçus
sont souvent amputés dune partie de leurs
caractéristiques et deviennent de ce fait,
difficilement différenciables les uns des autres.
Lenfant sourd profond appareillé perçoit
- la plupart du temps - un continuum sonore flou et
souvent confus).
Limplant, par contre, apporte des informations
supplémentaires : un stimulus sonore pour chaque
son. Toutefois il ne restitue pas les sons tels quils
existent. Si lenfant implanté connaît
déjà les mots, il peut souvent les reconnaître
par la seule audition et donc comprendre loral
par la seule voie auditive.
Mais limplant ne permet pas toujours didentifier
clairement ni intégralement les mots et expressions
nouvelles, surtout lorsque linterlocuteur parle
vite. Lenfant perçoit des stimuli sonores
quil ne comprend pas.
> La compréhension
dépend de la perception :
pas de perception, pas de compréhension.
Les sons oralement exprimés véhiculent
du sens. Ce sens ne peut être compris que si
les mots sont clairement perçus.
Pas de perception, pas de compréhension. Mauvaise
perception, mauvaise compréhension.
Nous avons tous fait cette expérience dans
un hall de gare, de mal comprendre - ou de ne pas
comprendre du tout - ce qui était dit, uniquement
parce que quelques mots étaient mal perçus.
Pourtant, de nombreux adultes entendants pensent pouvoir
communiquer et se faire comprendre des enfants sourds
profonds ou sévères en leur parlant,
convaincus que ces enfants complèteront leur
perception auditive par une perception visuelle de
la parole : la lecture labiale.
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Que perçoit-on grâce
à la lecture labiale ?
> La lecture labiale
ne donne pas toujours une image complète des
mots
En effet, de nombreux phonèmes se produisent
sans mouvement des lèvres. R - k - g
- s - z - t - d - n ... sont produits par un
mouvement de langue derrière les dents ou dans
le fond de la bouche.
Ces phonèmes ne sont pas lisibles sur les lèvres
(sauf - dans de rares cas - lorsque le locuteur articule
exagérément). Lorsquils sont présents
dans un mot il nest pas possible à lenfant
sourd den percevoir lexistence. Ainsi,
joue se voit o ou ou,
dodo se lit o ou ou, regarde
devient e-ade, le mot pourquoi
avec ses r et k non
visibles devient poua, etc.
Des expressions telles que qui est-ce ?"
ou "quest-ce que cest ?sont
très mal identifiées, puisque le k
et le s sont quasiment invisibles sur
les lèvres. Lenfant perçoit quelque
chose qui ressemble à ié
ou éeué.
Certains mots nont pas dimage labiale
du tout (ou une image trop floue pour être identifiable).
Cest le cas lorsque ces mots ne comportent que
des phonèmes non visibles sur les lèvres.
Lorsquon prononce qui, lenfant
sourd voit une sorte de sourire. Si, ici, riz,
ni, et tant dautres
ne sont visibles
que lorsque le locuteur articule et ralentit exagérément.
Si la personne qui parle commence une phase par ces
mots, lenfant sourd risque même de ne
pas savoir quon a commencé à parler.
Les adjectifs possessifs ta voiture, sa
voiture, - qui changent totalement le sens de
lénoncé - sont très difficiles
à distinguer.
N.B. : Le L.P.C rend perceptibles tous ces éléments
que la lecture sur les lèvres ne permet pas
de percevoir. Lenfant sourd peut alors voir
ce quil ne peut entendre. Lintégralité
de la langue orale lui est rendue accessible et, de
plus, avec une grande économie de moyens.
> Lorsquelles
existent, les images labiales ne sont pas stables.
Une voyelle peut masquer la lisibilité
de la consonne qui laccompagne (et inversement).
Certaines consonnes, telles que l, t, d, n,
perdent leur faible lisibilité
lorsquelles sont en association avec le son
ou, dans des mots tels que loup
- tout - doux - nous etc.
La reconnaissance visuelle des phonèmes est
très aléatoire. Les informations apportées
par la seule lecture labiale ne sont pas fiables.
Lentendant non averti ne peut imaginer cette
difficulté. Pour lui, les informations sonores
sont stables. Aucun son nest masqué par
les sons voisins.
N.B. : Le L.P.C offre toute la fiabilité
de perception toujours avec la même économie
de moyens.
> Dinnombrables
mots ont la même image labiale. Ce sont les
sosies labiaux.
Les phonèmes p - b - m, f
- v, eu - on - ou - u - o - etc.
sont qualifiés de sosies labiaux
car les mouvements des lèvres qui les produisent
sont identiques. Les mots pain - bain - main
(et des centaines dautres) présentent
la même image labiale.
La personne sourde ne peut savoir de quel mot il sagit
et tous les mots de la langue française qui
contiennent des sosies labiaux ouvrent
à des confusions. Les entendants ne simaginent
pas que des mots aussi différents puissent
être confondus : gâteau - cadeau,
Tu - ton - tout - tôt - deux - dont -
du - doux - nud - non - nous - nos - nu,
chapeau - chameau - jambon, mange
- marche, etc.
Les centaines de sosies labiaux du français
constituent certainement le plus grand écueil
de la lecture sur les lèvres.
Outre les mots, des expressions entières peuvent
être des sosies labiaux. Mets
ton manteau et prends ton ballon
ou les désormais célèbres bois
ta menthe à leau et mets
ton pantalon.
Les données évoquées dans ces
trois paragraphes se conjuguent souvent à lintérieur
dun même mot. Par exemple, dans camion
et tableau : c et t
sont quasiment invisibles, mion et bleau
sont presque sosies, l perd sa lisibilité
car il se trouve associé à eau
qui le masque. Un entendant imagine mal que des mots
aussi différents à loreille
puissent être confondus par lenfant sourd.
Pourtant ces deux mots ont quasiment la même
image labiale et la langue française comporte
un nombre considérable de sosies.
N.B : Le L.P.C. lève toute ambiguïté.
Lenfant sourd peut percevoir lintégralité
de loral, sans erreurs ni manques. La langue
lui devient totalement accessible.
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Dans quelles conditions seffectue
la lecture labiale ?
> Conditions matérielles
Outre les limites phonétiques, des contraintes
matérielles compliquent encore la situation.
Le locuteur doit toujours penser à placer son
visage dans une bonne lumière (pas question
de parler à contre-jour ou dans le noir), de
face (pas question de tourner la tête).
Il doit penser à ralentir son débit,
à bien articuler (sans trop exagérer),
ce qui ne saccorde pas toujours aisément
avec les contraintes de la vie quotidienne.
Lenfant sourd doit pouvoir se concentrer sur
les lèvres de son interlocuteur, essayer de
mémoriser la succession des mouvements fins
des lèvres, simmobiliser, ce qui est
souvent difficile pour le tout petit enfant qui bouge,
qui joue, qui regarde ailleurs, et dont lattention
est fugace. La lecture sur les lèvres est un
exercice fatigant pour les deux partenaires de la
communication.
N.B. : Le L.P.C est un complément à
la lecture sur les lèvres. Il ne dispense pas
de respecter ces contraintes matérielles.
En outre, difficulté supplémentaire
(et non des moindres), personne na les mêmes
lèvres ni la même motricité. Les
mouvements articulatoires varient souvent dune
personne à une autre. Un enfant sourd habitué
à larticulation dune personne risque
de ne plus pouvoir lire sur les lèvres de quelquun
dautre.
N.B. : Les compléments manuels du L.P.C
résolvent ce problème. Avec le L.P.C.,
la lecture labiale est fiable.
> Conditions
relationnelles
Les difficultés de perception de lenfant
génèrent souvent une perturbation supplémentaire.
Du fait de la nécessité de se faire
comprendre sans délai de leur enfant sourd,
limmense majorité des parents entendants
tendent à simplifier - souvent à outrance
- la langue quils utilisent.
Sexprimer dans une langue correcte et variée
pour un enfant sourd profond, sans lui offrir un complément
à ses perceptions auditives et visuelles savère
quasiment impossible. De nombreux parents se privent
alors de parler comme ils le souhaiteraient et dérivent
rapidement vers lusage dune langue appauvrie.
Ils se contraignent à réduire leur vocabulaire
au maximum et à produire les phrases les plus
simples et les plus courtes possibles.
Des expressions usuelles telles que Mets ton
blouson, boutonne-le bien. Il fait froid aujourdhui
perdent leur richesse de vocabulaire pour devenir
Mets. Ferme. Il fait froid . Dautres
petites phrases courantes telles que : Avant
de partir, sois gentil ! Range tes petites voitures
! perdent leur originalité syntaxique
et deviennent : Cest lheure. On
part. Range. Cette dérive prive lenfant
de découvrir lintégralité
de la langue.
Cette première dérive en entraîne
souvent une seconde : les adultes utilisent progressivement
une langue de plus en plus altérée,
présentée dans des phrases grammaticalement
privées de tous les éléments
difficilement perceptibles (prépositions, conjonctions,
articles contractés, formes conjuguées
des verbes, etc.).
Des simplifications apparemment innocentes telles
que : Je te le donnerai demain qui -
accompagnées de gestes clairement explicites
- deviennent donne demain , facilitent
la compréhension immédiate par lenfant
mais le privent de la découverte des pronoms
personnels, de la façon dont il faut les placer,
ainsi que de la conjugaison du verbe.
Certes, dans ces conditions, lenfant comprend
vite mais il apprend une langue déformée.
Quand il voudra, à son tour, réemployer
ce quil a perçu, il sexprimera
dans une langue pauvre avec des phrases déstructurées
et des mots déformés.
Lenfant sourd qui doit découvrir la langue
à travers laudition et la lecture labiale
se trouve doublement handicapé : à ses
propres limites perceptives sajoutent souvent
les limites du modèle linguistique proposé.
N.B. : Réhabilitant la perception visuelle
de la langue, le L.P.C. permet aux parents et à
tous les adultes qui entourent lenfant déviter
cette dérive. Il permet dexposer lenfant
à une langue correcte et riche.
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(Article
publié dans le LPC Info N° 124 ;
auteur : France BRANCHI)
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