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 Recherches et publications
   Recherches sur le LPC
 Impact du LPC sur l'évolution
  des enfants implantés
 
 L'enfant sourd à la découverte
  de la langue parlée
 
  Texte de Nadine Cochard.
(Unité pédiatrique d'implantation cochléaire - CHU/CESDA Toulouse)
 
  Impact du LPC sur l'évolution des enfants implantés
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Cette étude a été réalisée par Nadine Cochard, Marie-Noëlle Calmels, Géraldine Pavia, Christine Landron, Hélène Husson, Anne Honegger, Bernard Fraysse

Parmi la population totale d'enfants implantés dans le service, nous avons, comme tous les professionnels suivant des enfants porteurs d'un implant cochléaire constaté de nombreuses disparités d'évolution. Alors qu'à peu de choses près, leur perception auditive pure a un niveau quasi-équivalent, nous observons d'un individu à l'autre des capacités de compréhension des messages linguistiques parfois assez disparates, mais surtout un développement du langage qui peut être très différent.
Nous avons donc souhaité nous interroger sur le contexte d'évolution des enfants sourds profonds congénitaux ou prélinguaux de notre population.

Les enfants inclus dans l'étude réalisée par le Dr Marie-Noëlle Calmels (1) pour sa thèse de médecine ont été implantés entre 1990 et 2001. Ils représentent 83 % de notre population totale.
Leur moyenne d'âge à l'implantation est de 3 ans et 9 mois avec des extrêmes allant de 22 mois à 9 ans 2 mois.
La moyenne de la durée de la surdité est de 40 mois.
Nous avons un recul de 12 ans pour le premier enfant implanté avec un maximum d'enfants suivis depuis 4 ans.

Les évaluations post-implantation

Une fois les tous premiers stades de discrimination auditive passés, l'évaluation des progrès de l'enfant est généralement réalisée à partir de tests d'identification et de compréhension de la parole. Elle est complétée, cette fois sur le plan de la production orale par une étude de l'intelligibilité de l'enfant. D'autres évaluations plus ciblées sur l'aspect développement du langage sont rajoutées.

La perception est évaluée à l'aide de tests utilisant 3 types de listes : les mots en liste fermée (MLF), les phrases en liste fermée (PLF) et les phrases en liste ouverte (PLO).
Selon le niveau de développement linguistique de l'enfant, différentes listes sont proposées.

L'évaluation de la production orale est basée sur l'intelligibilité et les profils de développement du langage.

L'intelligibilité est évaluée selon l'échelle de Nottingham qui propose une classification de 1 à 5, d'un niveau de parole inintelligible à une parole intelligible pour tout le monde.

Afin d'évaluer le développement du langage chez nos enfants implantés, nous avons repris les différentes étapes d'acquisition décrites chez l'enfant normo-entendant par Marie-Thérèse Le Normand. Nous avons classé nos enfants en 3 profils d'évolution en fonction de leur délai d'entrée dans les différents systèmes linguistiques après implantation. Seuls les enfants congénitaux ou prélinguaux implantés avant l'âge de 4,5 ans sont classés dans ce type de profils.

  PROFIL 1 PROFIL 2 PROFIL 3
Prélinguistique 1 à 3 mois 3 à 6 mois 6 à 18 mois
Lexical 3 à 8 mois 6 à 24 mois 36 mois et plus
Morphosyntaxique 11 à 20 mois 20 à 31 mois Pas d'accès
Pragmatique 24 à 30 mois 30 à 40 mois Pas d'accès
Métalinguistique 36 mois 60 mois Pas d'accès

le profil 1 regroupe les enfants qui ont réalisé des progrès rapides et continus avec une entrée dans le système linguistique à partir de 3 mois après implantation.
le profil 2 regroupe les enfants pour lesquels la progression est moins rapide parce que moins linéaire : l'accès au système lexical ayant demandé un délai plus important après implantation.
le profil 3 regroupe les enfants dont la courbe d'évolution est en quasi-stagnation du fait de difficultés cumulées dès le départ, qu'elles soient d'ordre familial, éducatives ou neurologiques.

L'évaluation de la perception et de la production a été réalisée de façon régulière à 3, 6, 9, 12, 18 mois puis tous les ans.

L'évolution des résultats

L'évolution de la perception

Lorsque l'on étudie l'évolution des moyennes des 3 variables de perception en fonction du temps, on met en évidence une progression de toutes les performances.
A 5 ans post implantation le pourcentage de perception moyenne des mots en liste fermée (MLF) est de 95.5%, des phrases en liste fermée (PLF) de 93.6% et des phrases en liste ouverte (PLO) de 76.3%.

L'évolution de la perception en fonction du mode de communication avant l'implantation :

En ce qui concerne les mots en liste fermée : à 1 an, 3 ans, on peut observer un net avantage concernant les enfants qui avaient baigné dans un environnement LPC avant implantation par rapport aux autres enfants. A 5 ans, cet avantage est moins significatif par rapport aux autres modes de communication
En ce qui concerne les phrases en liste fermée, le constat est le même :

Pour les phrases en liste ouverte, cette différence est encore plus significative à 3 ans et 5ans post implantation :


L'évolution de la production

Lorsque l'on étudie les résultats de l'évolution de l'intelligibilité moyenne au cours du temps, on constate une amélioration progressive et relativement régulière des performances.

A 5 ans post implantation, le score d'intelligibilité moyenne est proche de 4, ce qui correspond à un niveau de parole intelligible pour un auditeur qui a une petite expérience de la parole des personnes sourdes.


L' influence du mode de communication sur l'intelligibilité de la parole

A 1 an post implantation, on ne retrouve pas de corrélation entre le mode de communication avant implantation et le score d'intelligibilité .

A 3 ans et 5 ans post implantation, les enfants dont le mode de communication avant implantation était le LPC ont de manière statistiquement significative une meilleure intelligibilité.


Les résultats sur le développement du langage.

53 enfants ont été classés en profils d'évolution de développement du langage selon les critères énoncés plus haut.
Sur cette population, on retrouve 32% de P1, 43% de P2 et 25% de P3


Contexte de développement linguistique

Sur ces 53 enfants, nous avons sélectionné un petit groupe de 19 enfants suivis dans notre centre depuis au moins 48 mois.
Cet échantillon regroupe des enfants ayant eu des vitesses d'évolution linguistique différentes, appartenant aux deux profils précédemment énoncés : profil 1 et profil 2. Les enfants du profil 3 ont volontairement été écartés du fait chez eux, de l'existence de troubles associés.

Le but de notre travail était de rechercher un certain nombre de données en lien avec le mode de communication utilisé dans l'environnement de l'enfant depuis l'annonce du diagnostic jusqu'à plusieurs années post-implantation (minimum 4 ans) afin de voir s'il était possible de trouver un impact significatif sur l'évolution langagière de ces enfants.

Méthode

Pour cette évaluation, nous avons procédé en deux temps :

Un questionnaire a été soumis aux parents des enfants implantés. Ce questionnaire était composé de questions qualitatives et quantitatives fermées et ouvertes à propos des différents thèmes exposés ci-dessus.

puis, parallèlement, les dossiers thérapeutiques des centres dont dépendent les enfants ont été consultés et des rencontres avec les orthophonistes ont été réalisées.

Analyse des données :

L'âge d'implantation

L'âge d'implantation n'est pas, dans le cadre de notre étude, un critère significatif par rapport à la progression linguistique de notre population puisque l'on retrouve une répartition très homogène des enfants entre les deux groupes P1 et P2


L'âge du début d'éducation auditive

L'éducation auditive précoce a toujours été considérée comme un élément déterminant dans l'évolution linguistique des enfants sourds. Il nous semblait donc intéressant de voir si l'âge du début de cette prise en charge pouvait avoir eu une quelconque influence sur la répartition des enfants implantés en deux profils.

Le graphique ne semble pas montrer de différence significative dans notre population puisque dans les deux groupes étudiés, il existe à la fois des enfants ayant démarré leur éducation auditive précocement et d'autres tardivement.


Le port de l'appareillage et le gain prothétique

Pour cette analyse la notion d'acceptation de l'appareillage (rapide ou progressif) a été rapprochée de celle de gain prothétique (existant ou faible)

L'observation de ce graphique nous montre que les enfants ayant eu un bénéfice prothétique ( " gain existant ") pendant la durée de leur appareillage par prothèses auditives conventionnelles sont uniquement des enfants de profil P1.
Tous les enfants du profil P2 n'ont bénéficié d'aucun apport prothétique. Pour une majorité d'entre eux, les prothèses auditives ont été difficilement acceptées

La qualité de la communication instaurée avant implantation

Lors de nos entretiens, nous avons recueilli des témoignages différents concernant le vécu de la relation et des interactions de communication entre les parents et leur enfant, et notamment avant que ne soit prise la décision de l'implantation.

Nous avons constaté combien pour certaines familles le handicap de surdité était un obstacle important à l'établissement d'une relation naturelle avec l'enfant, et combien pour d'autres cela signifiait simplement l'investissement d'autres modes de communication pour contourner cet obstacle.

Ainsi, nous pouvons comprendre que la démarche d'implantation n'ait pas eu la même signification pour toutes les familles : " deuxième naissance ou libération " pour certaines et " désir d'offrir une autonomie sociale à leur enfant " pour d'autres.

Nous avons voulu tenter d'apprécier la qualité de la communication instaurée entre l'enfant et ses parents avant le moment de l'implantation.

Pour cela nous nous sommes basés sur les informations spontanément amenées par les parents et sur les réponses faites à certaines questions lors de nos entretiens :

Quel a été le vécu parental de la relation ?
L'interaction était-elle ludique ou plutôt pédagogique, directive ou non-directive ?
Quel était le vécu parental par rapport à l'utilisation de l'outil de communication ?
Existait-il de troubles du comportement très importants chez l'enfant en raison d'un important sentiment de frustration par rapport à la communication ?

Nous avons donc analysé cette communication sur le plan qualitatif :


On peut observer que 90 % des familles du Groupe P1 se sont senties à l'aise dans leur communication avec leur enfant, une seule famille se trouvant frustrée dans cette communication

La grande majorité des parents du groupe P2 par contre se sont sentis limités dans leur communication en raison d'une maîtrise insuffisante de l'outil de communication. Les analyses qui suivent viendront confirmer mais surtout expliciter de façon plus approfondie ces observations.

Les modes de communication des familles avant l'implantation :




Sur ces deux graphiques, nous pouvons voir que majoritairement, les familles du groupe P1 utilisaient soit l'oral seul, soit l'oral avec un soutien en LPC.
Les familles du Groupe P2 utilisaient-elles, majoritairement l'oral associé à des signes.

La formation familiale par rapport aux outils de communication

Précisons donc maintenant quels ont été les moyens de formation à ces outils de communication.
Lorsque nous parlons de " formation " nous ne prenons en compte que les " formations officielles " et non l'apprentissage autodidacte de certains outils de communication fait par quelques familles.

La formation respective des deux parents

Précisons d'emblée que le fait que les deux parents se soient formés à un mode de communication ne signifie pas qu'ils aient forcément eu la même formation en quantité et en qualité.
De même, dans le cas des pères, la présence à une formation n'implique pas forcément la mise en pratique de l'outil de communication dans les interactions avec l'enfant. Dans le cas des mères c'est différent. Ces dernières passant, en général, beaucoup plus de temps avec l'enfant, elles ont toutes mis en pratique l'outil de communication qu'elles avaient investi, mais chacune, bien sûr, en fonction de ses possibilités.

L'analyse de ce graphique montre qu'il n'existe pas de différence de formation à un outil de communication entre les mères des deux groupes étudiés.
Par contre, il est intéressant de constater que cet investissement est moins important chez les pères du Groupe P2 ( seulement 33 % contre 70 % du Groupe P1), certains d'entre eux s'étant formés de façon autodidacte.

Les aspects quantitatifs et qualitatifs de la formation

Les parents ont assisté à 3 "formules" de formation différentes :
formation hebdomadaire sur une année scolaire,
stage de formation d'une semaine,
stage de formation de 2 ou de 3 jours.

Certaines familles ayant cumulé plusieurs stages, nous avons déterminé 4 niveaux de formation allant de très important à faible :

La lecture détaillée de ce graphe nous a permis de constater que : le niveau moyen de formation des parents du Groupe P1 est de très important à important,
Enfin, les niveaux de formation " moyen et faible " sont majoritairement retrouvés dans les familles du groupe P2.
Nous souhaitons cependant préciser que cette analyse se base uniquement sur le nombre de formations suivies et non pas sur l'aisance du parent dans sa pratique. Celle-ci dépend bien entendu des potentialités de chaque parent et de sa motivation.
C'est pourquoi nous avons souhaité préciser dans l'analyse suivante le niveau de pratique des parents et l'importance d'utilisation de l'outil de communication.

Pratique des outils de communication et niveau de pratique

Lors de nos entretiens, nous avions défini 4 niveaux de pratique de l'outil de communication : très bon, bon, moyen, basique.

Les parents se sont définis eux-mêmes par rapport à ces niveaux.
L'observation de ce graphe nous a permis là également de constater que le niveau moyen de pratique des parents des enfants du Groupe P1 va de bon à très bon alors que celui des parents des enfants du Groupe P2 est beaucoup plus faible.

L'évolution des modes de communication

Nous avons vu précédemment combien le LPC semblait contribuer à un meilleur apprentissage linguistique chez l'enfant porteur d'un implant cochléaire. Dans un premier temps, nous avons donc souhaité savoir, à moyen terme, quand et comment sur une période allant jusqu'à 5 ans après implantation. cet outil avait été utilisé dans les deux groupes de population étudiée

Encore une fois, nous pouvons observer que le LPC a été utilisé de façon intensive et régulière par les familles du Groupe P1, contre seulement 30 % du Groupe P2.

L'utilisation du LPC par les familles

Voyons donc maintenant à quelle période les parents ont utilisé le LPC par rapport au moment de l'implantation.

Avant l'implantation, 60 % des familles du groupe P1 utilisaient déjà le LPC contre 11% uniquement des familles du groupe P2.
40 % des familles du groupe P1 et 55 % des familles du groupe P2 ont commencé à l'utiliser l'année d'implantation, probablement du fait de l'accompagnement familial qui a insisté sur l'intérêt de cet outil de communication en association avec l'implant.
A 2 ans post-implantation, nous pouvons noter que toutes les familles du groupe P1 le pratiquent toujours et que 88 % des familles du Groupe P2 l'utilisent.
A 4 ans post-implantation, on note un large abandon de ce soutien visuel à la fois par les familles du groupe P1 mais aussi par celles du groupe P2.

Les raisons de cet abandon dans les deux groupes respectifs peuvent cependant être différenciées :
- pour les familles du Groupe P1 la progression perceptive et linguistique de leurs enfants ne nécessite plus, à leur sens, un codage régulier des informations auditives. Leurs enfants font peu de confusions mais surtout ont une très bonne compréhension des messages linguistiques sans lecture labiale. Ils ne regardent donc plus les lèvres de leurs parents qui petit à petit ont désinvesti le code.
- pour les familles du Groupe P2, les raisons sont très différentes : tout d'abord le niveau de leur formation, nous l'avons vu est plus faible que pour les familles du premier groupe. Cela leur demande donc un effort considérable pour leur pratique. On observe donc effectivement une certaine lenteur de codage qui ralentit leur discours et leur procure un sentiment de frustration important. De ce fait là, leurs enfants se sont très vite désintéressés de ce soutien qui, dans certains cas était plus une gêne qu'une aide réelle, le discours étant souvent en décalage avec le code.

En conclusion

Même si le LPC semble un très bon outil d'aide au développement linguistique de l'enfant porteur d'un implant cochléaire, il reste néanmoins un apprentissage difficile pour certaines familles. Faut-il alors le présenter uniquement dans le cadre rééducatif et/ou scolaire? La question reste encore ouverte.

Bibliographie

Thèse de Médecine : " L'implant cochléaire chez l'enfant : notre expérience " Dr Marie-Noëlle CALMELS - 23 Octobre 2002 Faculté de Médecine de Toulouse

Mémoire d'orthophonie : " Analyse du contexte de développement linguistique de dix-neuf enfants porteurs d'un implant cochléaire " par Géraldine PAVIA - Septembre 2002 Ecole d'Orthophonie de Toulouse

Le langage de l'enfant - Aspects normaux et pathologiques 2ème édition de Claude Chevrie-Muller et Juan Narbona - Masson 2000

Développement des différents systèmes linguistiques chez les enfants porteurs d'un implant cochléaire - N. Cochard, M.F Vidal, D. Baciocchi, X. Cormary, A. Honegger, B. Fraysse - Revue Laryngologie, Otologie, Rhinologie, 1998 ; 119,4 : 277-279.

(Actes des journées d'études de l'ALPC Nantes 24 et 25 mai 2003)
   

ALPC 2010
  Association nationale pour la promotion et le développement de la Langue française Parlée Complétée 
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