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1 - CODALI : une population
de 128 enfants.
En 16 ans, le service a accueilli 128 enfants qui
sont restés dans la structure en moyenne 11
ans ¾. L'âge moyen d'entrée de
5 ans avant 1992 est actuellement de 2 ans et 9 mois.
L'âge moyen d'entrée avant 1992 s'explique
par l'accueil, à l'ouverture, d'enfants en
âge scolaire de niveau maternel et élémentaire.
Les élèves sourds de Codali ont très
majoritairement des surdités profondes :107
enfants ont une surdité profonde, 18 une surdité
sévère et 3 une surdité moyenne.
Les admissions :
Codali ouvre avec un agrément expérimental
pour 3 ans et 35 places. En septembre 1986, 15 enfants
sont accueillis.
En 1989 Codali obtient son agrément définitif
et dépasse sa capacité autorisée
(40 enfants sont accueillis). Une demande d'extension
à 50 places est obtenue en 1992 : la montée
en charge est progressive.
En 2002, 55 enfants bénéficient du projet.
Les orientations
:
Sur les 73 enfants ayant quitté Codali, 35
enfants ont été orientés en établissement
spécialisé, 25 enfants ont rejoint le
milieu ordinaire banalisé et 13 ont terminé
le cursus de Codali (fin d'études secondaires).
Le retour en milieu spécialisé concerne
35 enfants. Les causes en sont diverses :
> Les difficultés associées concernent
sept enfants qui ont des troubles spécifiques
d'apprentissage du langage (diagnostic de dysphasie)
> La lenteur d'acquisition du langage : 10 enfants
dont le niveau de langue reste très décalé
par rapport aux entendants (acquisitions syntaxiques
lentes, faible niveau de vocabulaire
)
> L'adaptation sociale ou plutôt l'inadaptation
sociale observée chez huit enfants : ce sont
les troubles du comportement qui viennent au premier
plan et ne permettent pas la scolarité en grand
groupe ordinaire.
> Les problèmes d'apprentissage scolaire
constatés chez huit enfants : ce sont les difficultés
d'acquisitions dans le domaine scolaire qui font que
l'enfant ne peut pas suivre dans la classe avec les
entendants.
> Enfin deux familles ont fait le choix personnel
de quitter Codali pour un milieu spécialisé.
L'orientation vers un milieu totalement banalisé
concerne 25 enfants. Plusieurs raisons :
> Le faible degré de surdité ou l'excellente
récupération auditive (avant l'arrivée
de l'implant) : 10 enfants
> Le déménagement des familles: 5
enfants
> Le choix personnel des parents : 8 enfants
> Le choix d'études particulières
(sans le soutien possible de Codali): 2 enfants.
La fin de la scolarité pour 13 élèves
devenus bacheliers dont cinq qui sont entrés
dans la vie professionnelle et huit qui poursuivent
des études supérieures. Tous perçoivent
actuellement leur insertion sociale comme assez bonne
à excellente.
2 - CODALI , un
projet qui évolue :
En 1994, la nouvelle technologie de l'implant cochléaire
fait son apparition à Codali. La fonction auditive
du sourd profond est bien améliorée.
A partir de 96-97, les enfants avec implant sont majoritaires
: 60% de la population de Codali est implantée.
L'implant cochléaire a des répercussions
sur les stratégies de réception du message
oral de l'enfant sourd.
Les enfants implantés modifient leur attitude
globale de communication ; ils peuvent comprendre
des paroles sans l'aide de la lecture labiale et du
LPC. Regarder systématiquement leur interlocuteur
ne leur est plus nécessaire. On constate une
baisse de l'attention à la lecture labiale
et au LPC.
Pourtant si la réception du message oral se
fait plus confortablement et naturellement, elle demeure
souvent imprécise et lacunaire.
Les enfants " entendent " et pensent alors
comprendre le message oral
mais les confusions
de sons et de sens peuvent être nombreuses.
Le traitement de la parole par l'implant est dépendant
de la vitesse d'élocution du locuteur et de
l'émergence signal-bruit. Les enfants implantés
sont plus facilement distraits par tous les bruits
de leur environnement y compris ceux inutiles qui
fatiguent ou nuisent à l'attention
Avec l'implant, la communication orale est spontanée,
l'intelligibilité s'améliore MAIS la
compréhension du langage peut être approximative
et l'expression syntaxiquement plus décalée.
Pour tenter de remédier à ces écueils,
des adaptations pédagogiques sont prises en
compte :
> Les parents et les professionnels sont remobilisés
sur l'utilisation du LPC. On recherche des adaptations
et des utilisations personnalisées de la technique
;
> Les enfants apprennent à coder (cours
d'apprentissage du code) ;
> Le décodage silencieux (sans émission
de voix par le locuteur) est valorisé et fait
l'objet d'un entraînement ;
> La fonction de codeur évolue ;
> L'éducation auditive est renforcée
;
> Les modalités de réception du langage
oral sont évaluées ;
> L'objectif prioritaire des orthophonistes se
tourne vers un apprentissage renforcé de la
langue.
3 - CODALI en 2002
: quels constats ?
Codali accueille 55 enfants : 5 en SAFEP et 50 en
SSEFIS (17 en maternelle, 21 en primaire, 12 en secondaire).
54 enfants ont une surdité profonde (35 profonde
troisième degré, 11 profonde deuxième
degré, 8 premier degré), une élève
a une surdité sévère.
16 enfants ont des prothèses conventionnelles,
39 sont implantés.
Les âges d'implantation sont divers avec une
majorité d'enfants implantés (20 enfants)
avant 3 ans, 11 enfants entre 3 et 7 ans, 7 enfants
entre 7 et 12 ans et un enfant à 14 ans.
A ce jour, en mai 2003, 42 enfants sont implantés.
Les évaluations
des compétences, les résultats :
Evaluation psychométrique
:
La majorité des élèves se situent
dans la zone moyenne (entre 90 et 110). Un bon QIP
(quotient intellectuel non verbal, dit performance)
n'est pas obligatoirement corrélé avec
un bon niveau de langue.
Les élèves ayant un QIP largement supérieur
à la moyenne peuvent plus facilement compenser
un niveau de langue faible, mais on constate qu'un
QIP faible n'empêche pas les acquis scolaires
en intégration, parfois à un rythme
plus lent.
En fait, une bonne adaptation scolaire reste essentiellement
dépendante du niveau de langue.
Evaluation perceptive
Voici les résultats de 48 enfants de 3 à
16 ans concernant la répétition de mots
(liste ouverte) dans 3 modalités: audition
sans lecture labiale, audition avec lecture labiale,
LPC et lecture labiale sans voix (décodage
silencieux).
La perception par la voie auditive seule s'améliore
avec l'âge, entre 3 et 12 ans.
La population 9-12 ans est la première génération
implantée. Sur 12 enfants, 5 l'ont été
avant 3 ans. Les mots sont identifiés à
80%.
La population 13-16 ans, représente la population
type de Codali à sa création : la voie
visuelle est la voie privilégiée pour
la réception des messages, la voie auditive
est peu efficace.
On constate une bonne efficacité de la lecture
labiale et du LPC sans voix pour tous.
Voici maintenant les résultats de la perception
des phrases (messages plus longs et complexes) en
liste ouverte. Ces résultats concernent 33
enfants*. Cette épreuve n'est pas accessible
aux très jeunes enfants.
La voie auditive seule (sans lecture labiale) s'améliore
avec l'âge mais reste inférieure à
60% ; les scores sont moins bons que pour l'identification
des mots.
On remarque toujours la faible efficacité de
la voie auditive chez les plus grands (13-19ans).
Le décodage sans voix est efficace (égal
ou supérieur à 70% même chez la
génération implant 9-12 ans).
On constate que la modalité audition + lecture
labiale n'est pas supérieure à la modalité
lecture labiale +LPC sans voix. Le codage silencieux
demeure efficace.
*Nombre d'enfants concernés par tranche d'âge:
6-8 ans:13 enfants (12 IC dont 6 avant 3 ans)
9-12 ans:12 enfants (9 implants dont 5 à 3
ans)
13-19 ans: 8 enfants (4 IC, après 9 ans)
Evaluation linguistique
: langage oral.
Niveau lexical
Voici les résultats de 29 enfants sourds entre
5 et 12 ans à un test de vocabulaire (VOCIM)
étalonné pour entendants entre 3 et
9 ans ;
Le test est saturé chez les entendants à
9 ans.
On constate deux ans de décalage pour les enfants
sourds. Le test est saturé vers 11 ans.
Ce test qui commence chez les enfants entendants dès
3 ans n'est pas accessible à nos élèves
sourds de cet âge.
Voici les résultats, toujours en vocabulaire,
de notre population plus âgée, soit 18
enfants entre 9 et 14 ans. Le test utilisé
est l'EVIP.
Les élèves sourds se situent dans la
zone moyenne des entendants (aux alentours de 100).
Compréhension de
phrases sur images :
Ce sont pour les 22 enfants les plus jeunes les résultats
du test O.52 qui sont proposés ici. C'est un
test de compréhension syntaxique sur support
d'images, saturé chez les entendants à
7 ans. Les élèves sourds de Codali bien
que décalés à 6 ans rattrapent
leur retard à 7 ans.
Voici les résultats de la population plus âgée
soit 21 enfants de 7-12 ans au test de l'ECOSSE (Epreuve
de compréhension et d'organisation sémantico-syntaxique),
saturée à 12 ans (score à 92)
chez les entendants.
Le décalage important à 7 ans se comble
à 9-10 ans(niveau CM1) chez les élèves
sourds. Il est probable que la maîtrise de la
lecture et les acquisitions du langage écrit
favorisent et renforcent les progrès du langage
oral.
Sur le graphique ci-dessous, sont comparées
les efficiences des enfants en compréhension
et expression. La comparaison concerne 31 enfants.
Pour l'expression, c'est le TCG (test de closures
grammaticales), test d'expression sur image, qui est
utilisé car les résultats peuvent être
comparés à ceux du test O-52.
Le décalage entre la compréhension et
l'expression existe chez les entendants mais il est
plus important chez les enfants sourds.
Evaluation du langage écrit
Voici les résultats en lecture concernant 22
enfants. Utilisation de l'ANALEC, test qui évalue
les compétences de la lecture à partir
de 8 ans jusqu'à l'âge adulte.
Ce test est proposé aux élèves
à partir du CE2. Ici ne sont présentés
que les résultats aux épreuves de compréhension
de lecture Les compétences des enfants, si
elles sont inférieures en CE2 à celles
des enfants entendants (ligne blanche sur le graphique),
s'améliorent avec l'âge pour devenir
chez les plus âgés de très bon
niveau.
Evaluation de l'intelligibilité
: qualité de la parole
Voici selon l'échelle de Nottingham, l'appréciation
de l'intelligibilité des 50 élèves
de CODALI.
Le niveau 1 correspond à une absence d'intelligibilité
Le niveau 2 : quelques mots sont intelligibles
Le niveau 3 : l'enfant est intelligible pour un auditeur
qui prête attention et qui utilise la lecture
labiale
Le niveau 4 : l'enfant est intelligible en contexte
par des personnes averties
Le niveau 5 : l'enfant est intelligible par tous
Tous les enfants scolarisés sont présents
dans ce graphique. Il est très encourageant
de constater que l'intelligibilité est présente
(niveau 4) chez des enfants jeunes, implantés,
dès l'âge de 3 ans. Les quelques enfants
grands qui ont une intelligibilité partielle
(niveau 3) sont des élèves très
sourds qui ne sont pas implantés ou qui ont
bénéficié de cette technique
tardivement.
Conclusions
A sa création, le projet de CODALI s'appuyait
essentiellement sur la voie visuelle pour permettre
à l'enfant sourd profond d'entrer dans une
communication orale précoce et accéder
aux acquisitions du langage oral.
Actuellement, si la population accueillie reste une
population d'enfants sourds profonds, cette population
a changé. Avec l'implant cochléaire,
la perception auditive est améliorée.
La voie auditive peut être efficace pour comprendre
la parole. La communication orale peut se développer
sur le modèle de l'enfant entendant.
Cependant, la récupération auditive
demeure insuffisante pour accéder à
la totalité de l'information linguistique.
En outre, la carence linguistique des premiers mois
voire des premières années de la vie
de l'enfant ne peut être passée sous
silence.
La Langue française Parlée Complétée
reste indispensable. Le LPC sollicite la voie visuelle,
assure la mise en place de la phonologie et renforce
la précision syntaxique.
A Codali, les enfants font leurs acquisitions linguistiques
de façon décalée par rapport
aux entendants, mais le décalage, globalement,
diminue avec l'âge et disparaît vers 10
ans.
On constate une évolution importante après
l'apprentissage de la lecture (à partir de
7 ans).
C'est le niveau d'expression orale qui reste le plus
faible, et qui doit être surveillé.
Les modalités de réception du langage
oral sont diverses pour les enfants implantés.
Plusieurs d'entre elles peuvent être efficaces
pour comprendre tout ou partie de la parole mais peuvent
entrer en concurrence ou mal se compléter.
A ce jour, le décodage silencieux reste utile,
mais il semble dépendant d'un rythme de parole
plus lent que celui de la parole naturelle. Il ne
s'acquiert que rarement de façon spontanée
au contact de la parole codée au quotidien.
Cette nouvelle population bénéficie
pleinement de l'intégration scolaire mais un
accompagnement spécialisé reste nécessaire.
Le codeur joue un rôle essentiel dans cet accompagnement.
Il n'est plus seulement le transmetteur de l'information
par voie visuelle, il devient le guide et le garant
de la réception du message oral dans sa modalité
audiovisuelle.
Il est le partenaire incontournable pour l'intégration
scolaire de l'enfant, pour sa famille et les enseignants
ordinaires.
La population a changé, des évolutions
sont nécessaires, mais la spécificité
du projet de CODALI reste. CODALI poursuit son but,
celui de permettre aux enfants sourds profonds d'acquérir
la langue française et de bénéficier
d'une intégration scolaire adaptée.
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