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Votre enfant est sourd ou malentendant.

Des professionnels (médecin ORL, audioprothésiste, orthophoniste…) vous aident déjà, mais leurs interventions ne suffisent pas.


Parents, vous avez un rôle essentiel à jouer

Vous souhaitez parler à votre enfant sourd ? Vous souhaitez qu'il puisse vous parler à son tour ? Vous souhaitez pouvoir utiliser avec lui votre propre langue ? ans le plaisir de communiquer

Oui, il est tout à fait possible de parler français avec les sourds.
 
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Conseils aux parents, comment démarrer le LPC avec un très jeune enfant
Témoignage de Maryvonne et Rémy, parents de Lou, sourde sévère profonde
Témoignage de Christine, maman de Florian, sourd profond
Témoignage de Loan, maman de Marie, sourde sévère
 
Comment démarrer le LPC avec un très jeune enfant.

Dès son plus jeune âge, vous pouvez recourir au code LPC avec votre enfant, en commençant par coder des petits mots (« maman », « papa », « gâteau »), puis en enrichissant progressivement le vocabulaire, comme vous le feriez avec un enfant entendant. Même si le jeune enfant ne semble pas toujours très réceptif au départ, il commence en réalité à décoder et surtout, il apprend à vous regarder, à regarder vos lèvres bouger, à suivre les mouvements de vos mains : il débute alors son apprentissage du code et de la lecture labiale.
 
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051
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Au stade pré-linguistique
Et la place du code ?
Au stade linguistique
D'autres conseils, en vrac
Et si ça ne marche pas aussi bien qu'on le voudrait ?
En bref
 
011 Au stade pré-linguistique
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Etablir une communication sans nécessairement passer par la parole
(ce qui ne veut pas dire non plus se taire).

Petits conseils :

S'exprimer avec tout le corps, caresser l'enfant, puis se servir de l'expressivité du visage pour préparer le sourd à regarder le visage. Montrer à l'enfant que quand on s'exprime (par la parole, le geste, la langue des signes...), c'est pour faire passer un message. Mais aussi, l'aider à s'exprimer (à transmettre un message en répondant à ses sollicitations)
Exemple: "Tu pleures ? Pourquoi ? Tu as faim ? Tu as mal ?"

L'amener à la découverte du monde sonore, lui apprendre à utiliser ses prothèses sans inonder son univers de bruits permanents. Faire repérer à l'enfant un bruit, puis mettre en correspondance le bruit et la source du bruit :
> La voiture de papa arrive, on regarde par la fenêtre.
> Le téléphone sonne, on montre que l'on répond.
> De même, une porte qui claque, c'est à cause du vent.

L'enfant sourd babille, mais n'ayant pas de retour (contrôle audio phonatoire), ne prend pas de plaisir à son babillage et risque de l'abandonner.
Il faut l'encourager à continuer en lui montrant que l'on est content de l'entendre.
> Répéter après lui "PA PA PA, MA MA MA, ATA ATA ATA..."

Jouer avec les bruits et sa voix :
> Exagérer la voix, la moduler, imiter le cri des animaux
> Prononcer des onomatopées en rapport avec l'intérêt de l'enfant : POUM, HOP HOP

   
021 Et la place du code ?
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On peut accompagner un mot ou un bruit par le code. Même si l'enfant ne sait pas quoi en faire, il s'habitue à regarder la bouche et les doigts.

Commencer à coder dès que les parents sont formés et dès que coder ne gêne pas leur expressivité faciale ou vocale, coder le babillage.

   
031 Au stade linguistique
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L'enfant va reproduire PAPA sans vouloir dire Papa : mettre tout de suite du sens en montrant Papa. Faire de même avec tous les mots.

A partir de là, coder le plus possible :
> en choisisant les mots fétiches (doudou, voiture...)
> en allant vers l'intérêt de l'enfant
> en proposant des petites structures, puis des petites phrases en les compliquant :
"Tu viens, tu viens jouer, tu viens jouer au ballon, tu viens jouer au ballon avec moi."

C'est pratique aussi pour entraîner le code qui s'améliore avec la progression de l'enfant.

> Toujours vérifier qu'il y a compréhension.
> Mettre ce que l'on dit en correspondance avec le sens (photo, objet …).
> Raconter des petites histoires, ne pas hésiter à adapter le texte, à répéter, à expliquer.
> Ne pas oublier les comptines et pourquoi pas les chansons si l'on y prend plaisir.

   
041 D'autres conseils, en vrac
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> Proposer le code dès qu'on l'utilise avec un peu de spontanéité.
> Si possible il est souhaitable que les deux parents codent ainsi que l'orthophoniste.
> Privilégier le confort de l'enfant. Et si l'on sait coder, il faut coder.
> On n'enseigne pas le décodage au tout petit.
> Ne pas exiger de retour, ne pas faire répéter tout le temps.
> Coder selon la personnalité de l'enfant : si l'enfant est porté sur le mime, l'exploiter, s'il a besoin de manipuler, le laisser faire.

   
051 Et si ça ne marche pas aussi bien qu'on le voudrait ?
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Persévérer ! Parfois, il faut savoir patienter, coder même si l'enfant ne regarde pas, accepter certains moments de refus, saisir les moments de calme.

Tous les enfants ne démarrent pas vite.
Rester convaincu du LPC, et éventuellement passer par d'autres modes de communication, lui proposer quelque signes. Cela ne remet pas en cause le choix de l'oralisme, c'est un autre moyen d'y arriver.

   
061 En bref
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> Garder la communication naturelle
> Chercher l'intérêt de l'enfant
> Saisir les moments privilégiés
> Faire du code ludique

Et toujours mettre en correspondance ce que l'on dit avec le sens...

   
02 Témoignage de Maryvonne et Rémy, parents de Lou, sourde sévère profonde
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Lou


Nous sommes parents d'une petite fille sourde de trois ans et d'un petit garçon de 1 an (sourd également, mais ce n'est pas le propos de notre témoignage) ; nous connaissons le LPC depuis 2 ans environ et nous aimerions encourager d'autres parents qui éprouvent aussi des difficultés à coder " couramment."

Généralement à l'issue d'une formation de LPC les parents de jeunes enfants sourds trouvent une nouvelle perspective à leur avenir. Les échanges avec les autres parents et les formateurs, autant que l'apprentissage, donnent beaucoup de courage, de convictions et d'espoir à des familles assez désorientées depuis l'annonce de la surdité de leur enfant. Mais par la suite, dans la vie quotidienne, lorsque l'on commence à coder, la communication avec son enfant, n'est pas toujours évidente et parfois, l'utilisation du LPC peut paraître " contre nature ". Dans les premiers mois, nous nous sentions un peu ridicules de chercher nos mots, d'y accrocher ces clés qui loin de nous ouvrir des portes semblaient compliquer les échanges. Non seulement les conversations rêvées (avant le diagnostic) avec notre petite fille étaient impossibles, mais en plus nous avions l'impression de nous " robotiser " ! Nous pensions être incapables d'offrir ce fameux " bain de langage " à notre enfant, étant donné le faible niveau de notre code.

C'était une période difficile où notre fille ne semblait pas s'intéresser à ce que nous voulions lui dire (" Ah, elle ne nous regarde même pas ! ", accompagné de ce sentiment déroutant que tous les parents connaissent…). De nouveau, nous étions attirés par la langue des signes ou plutôt le français signé (qui nous paraissait un bon compromis à condition d'y ajouter les articles, les pronoms du français… en LPC !). Ceci aiguisa la curiosité de notre enfant et recentra son attention sur notre visage. Notre fille acquit du vocabulaire en signes dans un premier temps, et y trouva un intérêt pour la communication ; encouragés par " ses réponses ", nous nous efforcions de toujours trouver un moyen de lui faire comprendre un mot, une situation, au moyen de photos, du signe ou d'un geste, du cahier de vie ou du LPC quand le code était simple… L'important pour nous était d'avoir des échanges avec notre enfant et en cela le LPC seul ne pouvait pas nous aider, car il nous paraissait être à " sens unique ". Notre fille ne comprenait pas mieux ce que l'on pouvait lui dire et le code seul ne lui donnait pas les moyens d'y répondre. Nous ne comprenions pas réellement toute l'importance de LPC…

Si nous avions une critique à faire aux personnes qui nous ont fait découvrir le LPC ou qui nous l'on appris (comme notre sympathique formatrice que nous remercions d'avoir donné de son temps et de son expérience), ce serait de mieux prévenir les nouveaux LPCistes de la difficulté d'intégrer ce code dans la vie quotidienne, de manière spontanée. D'accord la méthode du LPC est simple à apprendre, mais le chemin est long pour que le LPC accompagne naturellement la parole et que le code aide l'enfant à mieux comprendre le français. Or, nous n'avions pas de connaissance en pédagogie, ni en acquisition du langage, nous avons récemment pris conscience que le LPC ne " porte ses fruits " qu'un ou deux ans plus tard. Nous pensons qu'il est donc bon d'insister sur ce fait auprès des personnes qui adhèrent au LPC, parce qu'il y sans doute beaucoup de parents qui connaissent un " contre-coup " dans l'année qui suit la formation, certains peut-être ont-ils abandonné…

Le LPC est la seule " passerelle " vers un français correct

Pour notre part, nous n'avons pas renoncé et même si certains jours, notre fille n'aura bénéficié d'aucune phrase codée, le LPC a toujours été dans un coin de notre tête. Nous souhaitons dire aux familles qui éprouvent les mêmes doutes de ne pas se décourager, de ne pas avoir de complexe quant à leurs erreurs de code ou leur lenteur (d'ailleurs il est préférable de coder lentement, surtout avec les jeunes enfants).
Il faut beaucoup de volonté et de constance ! Durant l'année post-diagnostic, les parents sont souvent enclins à de grands découragements et selon les rencontres, les lectures, les émissions, les points de vue divergent, ébranlant à chaque fois leurs convictions. Pourtant, malgré une attirance pour les signes (signes que nous utilisons sans scrupules quand l'occasion se présente), notre choix a été sans hésitation la langue française (notre langue maternelle, celle de nos amis, de nos voisins, de l'école où nous souhaitons voir entrer notre fille…) et une évidence s'est imposée à nous : le LPC est la seule " passerelle " vers un français correct. Mais il nous a fallu longtemps pour comprendre que, même avec des fautes, même lentement, le LPC aidait notre fille " à décortiquer " la langue française, cette chose " informe " à ses oreilles (et à ses yeux puisque la lecture labiale ne laisse passer que 30% du message). Et doucement, timidement, le LPC est entré dans notre famille. Cela prend sans doute un temps très différent selon les aptitudes, la disponibilité de chacun, les aléas de la vie… Aujourd'hui, le code aide notre enfant à comprendre beaucoup de phrases, même si elle ne les restitue pas et cette bonne compréhension (sur un vocabulaire de moins en moins limité) est notre meilleure motivation.

Une rencontre avec des adolescents sourds peut aussi aider à persévérer dans le LPC, parce que leur vécu et l'exemple qu'ils donnent, sont pour nous des preuves concrètes de l'efficacité du code.

Nous avons assisté lors du dernier stage d'été à un témoignage d'adolescents sourds bénéficiant du LPC dans leur famille depuis leur plus jeune âge. Même si tous n'avaient pas encore acquis une bonne diction, tous avaient une excellente compréhension de la langue. C'était un grand réconfort pour nous, car ils témoignaient avec beaucoup d'humour et de maturité.

À d'autres occasions, nous avons aussi rencontré de jeunes personnes sourdes ne bénéficiant pas de LPC mais plutôt de la langue des signes. Quelle différence ! Non pas dans la diction mais dans la compréhension du français (logique puisque ce n'était pas leur première langue). Ils faisaient des efforts pour lire sur nos lèvres et si nous avons pu échanger quelques phrases, tout le mérite leur en revenait. Cependant une conversation poussée n'était pas possible.

Même si certains disent, que pour pratiquer le LPC (cette merveilleuse invention !) il suffit de la langue maternelle, d'une main libre et d'un peu de synchronisation, personnellement, il nous faut aussi une bonne dose d'acharnement. Mais, nous parents, sommes les premières personnes dont l'enfant a besoin pour assimiler les mécanismes et les subtilités du français ; d'autre part, sans LPC, l'acquisition du langage est moins sûre et terriblement difficile pour l'enfant.

Alors, à ceux que les doutes assaillent, nous disons courage ! Ne baissez pas les bras, même si le LPC n'est pas facile à maîtriser, soyez tenace.

(Témoignage publié dans LPC Info N° 136 de octobre 2001)
   
03 Témoignage de Christine, maman de Florian, sourd profond
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Je suis maman de 2 enfants, Léa 7 ans entendante et Florian 9 ans sourd profond de naissance. Sa surdité a été détectée à l'âge de 9 mois et il a été appareillé pendant 2 ans. Le port des prothèses n'apportant aucun gain auditif, l'équipe du CHU de Nantes nous a parlé de l'implant cochléaire. La rencontre avec d'autres parents d'enfants implantés ainsi que toute l'équipe d'implantation nous ont conduit à suivre notre première formation au LPC quelques mois avant l'opération.

Les débuts avec le LPC sont difficiles, Florian est petit (3 ans), il n'est pas réceptif au message codé (celui ci étant long et hésitant). Après plusieurs mois de code nous n'étions toujours pas convaincus de l'apport du LPC pour Florian, nous avions besoin de certitude. Un jour alors que l'on se préparait à sortir on a fait un test, au lieu de lui coder "va mettre ton manteau ", on lui a dit " va mettre ton pyjama ", il nous a regardé d'un air interloqué, c'était la preuve qu'il avait compris.

Plus tard le fait de coder à la maison a permis à Florian d'avoir l'information en même temps que sa sœur. En effet quand le message n'était pas passé, il nous faisait répéter, et sa sœur qui avait compris avait tendance à " faire " pour son frère ou répondre avant lui. Florian était frustré. Aujourd'hui le LPC lui permet d'être sur un pied d'égalité (une explication du handicap a été nécessaire pour sa sœur).

Le LPC a permis d'enrichir son vocabulaire (on peut coder tous les mots) et faire une compréhension optimale de la lecture labiale, ce qui permet les échanges lorsqu'il n'a pas son implant (activité nautique, salle de bains, dans son lit, au réveil ….).

Nous avons vécu l'expérience douloureuse de la casse de l'implant (choc à la tête dans la cour de l'école). Florian avait 6 ans, le temps de la réimplantation et de la réactivation de l'implant (environ 3 mois) n'a pas altéré sa progression dans la communication et dans le langage. Le LPC a joué un rôle essentiel durant cette période.

Le parcours scolaire de Florian :

Ayant fait le choix de l'oralisme, notre souhait premier était l'intégration dans l'école la plus proche. La réticence des enseignants et leur peu de motivation nous a fait choisir une CLIS à environ 30 km de notre domicile. Notre souhait d'intégration, renforcé par la conviction du bien fondé du couple LPC+intégration, n'a été pris en compte qu'à partir de la grande section. Cette intégration qui va en s'accentuant (GS ½ journée par semaine - CP /CE1 4 demi-journées par semaine - CE2 3 jours par semaine - prévision CM1 à 90% intégré) a été permise grâce à l'intervention d'une codeuse en classe. La présence de cette codeuse a été rendue possible grâce à notre association départementale ADAPEDA 44 en collaboration avec l'URAPEDA Pays de la Loire.

Démontrer l'importance du LPC dans l'apprentissage et l'acquisition du langage auprès des professionnels et des enseignants est un combat de tous les jours, chaque rentrée scolaire nécessite des explications.

L'implant a permis à Florian d'entrer dans le monde des entendants, mais la perception des messages oraux reste difficile car ceux-ci sont souvent perçus de façon incomplète et déformée. L'utilisation du LPC permet de visualiser toute la phrase (petits mots..), évite les nombreuses confusions dues aux sosies labiaux, par conséquent il favorise l'apprentissage de la langue française (syntaxe...) et évite de nombreuses incompréhensions.
Pour nous les parents, le LPC demande des efforts de concentration et nous oblige à réduire le débit de parole, ce qui rend nos messages beaucoup plus accessibles à Florian.

Le fait de coder en toute situation, permet aux personnes qui nous entourent de " comprendre et voir " le handicap. En effet grâce à l'implant, Florian a une voix mélodieuse et compréhensive qui fait oublier rapidement le fait qu'il est sourd (l'effort de bien articuler et de parler en face est vite oublié par les " non-initiés ").

A la question, faut il continuer le LPC avec les enfants implantés ? Je répondrais OUI OUI et OUI.

   
04 Témoignage de Loan, maman de Marie, sourde sévère
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Marie


Nous sommes les parents d'une petite fille de 3ans qui s'appelle Marie, et qui est soude sévère, avec des restes auditifs sur toutes les fréquences.
Marie a cessé de babiller alors qu'elle était âgée de 8 mois, elle continuait de s'exprimer mais seulement avec des "AAH ! AaAaH! sur tous les tons, parfois très fort, sans pourtant être en colère ... et le dépistage a confirmé nos soupçons quant à sa surdité.
Elle a d'abord eu un appareillage semi-numérique, puis un appareillage numérique, qui lui donne un bon gain prothétique.

Après le dépistage, parmi nos toutes premières questions, nous nous sommes demandés:
Comment allons nous communiquer avec notre enfant?
Quel mode d'accompagnement est le plus adapté pour elle? (Centre spécialisé, orthophoniste en libéral...)

Heureusement, nous avons eu la chance de rencontrer tout de suite des professionnels qui nous ont parlé de LPC, nous nous sommes alors documentés, nous avons beaucoup lu et nous avons fait le tour des associations. Nous avons, en particulier, contacté l'ALPC, où nous avons pu rencontrer des parents qui nous ont parlé de leur expérience. Toutes ces informations ont confirmé notre intérêt pour le LPC.

Cependant, nous n'étions pas certains que Marie "accrocherait" avec le LPC et l'oral seulement, nous craignions qu'elle ne nous comprenne pas ou qu'elle ne puisse pas s'exprimer. Nous avons donc décidé d'utiliser parallèlement d'autres techniques de communication comme la mimo-gestuelle et la langue des signes.
Pour le LPC, nous avons commencé tout de suite à apprendre à l'aide de la cassette vidéo puis nous (parents, grands-parents et amis) avons fait un stage à l'ALPC, qui nous a apporté une bonne approche de la communication avec le LPC et des informations générales sur la surdité.
Pour la langue des signes, nous nous sommes inscrits à des cours à l'ARIS, à raison de deux heures par semaine, ce qui était aussi un vrai moment de plaisir et de bonne humeur.

Quant à Marie, nous avons décidé de l'inscrire au CEOP pour lui offrir toutes les possibilités de communication (LPC et LSF); notre projet était cependant en priorité oraliste.

Aujourd'hui, nous voulons vous apporter notre témoignage sur l'utilisation du LPC au quotidien avec un petit enfant.
Pour les parents de grands enfants qui ont déjà vécu tout cela, et dont l'exemple nous a encouragé dans cette voie, ce témoignage ne sera pas très utile, mais notre idée est de vous remercier en vous montrant à quel point le LPC a eu un impact formidable sur notre vie avec notre petite fille sourde.
Pour les autres parents qui sont au début du chemin, nous espérons que notre expérience pourra vous apporter quelques idées et vous confortera dans votre choix du LPC.

Lorsque nous avons commencé à utiliser le LPC avec Marie, le plus difficile était de capter son attention et de coder de manière fluide et correcte. Nous essayions de coder le plus souvent possible, mais le plus efficace, c'était quand Marie était "captive", dans sa chaise haute, dans son lit ou encore dans la voiture. Nous lui codions d'abord des petites phrases simples que l'on répétait souvent (A table! C'est bon! C'est chaud! Fais dodo...) ainsi que des onomatopées.
Puis, au fur et à mesure que nous commencions à savoir coder, nous rajoutions quelques mots. Nous faisions aussi des petits jeux rituels comme: "Où est ton nez?", "Où est le nez de maman?" et le regard de notre petite fille était bien sur notre visage. Nous faisions également des chansons à gestes, comme "Un grand cerf", trois à quatre fois de suite, en alternant version geste, version code…et puis nous employions des mots rituels au réveil et au coucher. Nous nous disions que ça devait "imprimer".
Au fil du temps, notre code s'améliorait mais nous n'étions pas sûr de ce qu'elle comprenait. Puis le premier signe de compréhension est apparu. Un jour nous faisions des courses et son père s'était éloigné; je lui ai demandé :"Où est Papa?", elle s'est alors tourné vers lui et l'a montré du doigt sans hésiter. Nous avons alors recommencé avec les autres membres de la famille et cela "marchait" aussi ! . Nous avions enfin la preuve qu'elle nous comprenait, que le message commençait à passer. Lorsqu'elle s'est mise à marcher, elle a pu nous montrer encore mieux qu'elle nous comprenait. Nous lui demandions d'aller chercher sa couche ou son doudou et elle y allait, à notre grand bonheur. Nous avons continué ainsi à coder et à associer des gestes notamment pour les mots nouveaux.

Au bout d'un an, nous avons participé au stage d'été organisé chaque année par l'ALPC et nous avons passé un moment formidable. Nous avons pu rencontrer de nombreux parents et d'autres enfants sourds. Nous avons pu voir que lorsqu'on leur parlait en codant, les plus grands nous répondaient. C'était un moment super.
Nous étions ensuite en vacances au bord de la mer, et sur la plage, Marie n'avait pas bien sûr ses appareils; le code devenait donc indispensable. Nous avons ainsi expérimenté avec Marie l'efficacité du code "pur" sans même l'aide de l'audition. Et à notre grande joie, nous constations que notre petite fille nous comprenait. Nous lui codions :"Marie, tu viens faire des patés?" et elle nous regardait en reprenant :"Patééé!!??".

A notre retour de vacances, Marie a fréquenté le CEOP de manière plus intensive (quatre fois par semaine). Nous codions de plus en plus et de manière plus fluide mais nous n'étions pas capables pour autant de coder tout, tout le temps. Parfois, nous n'utilisions pas le code pour conserver l'intonation et Marie nous comprenait car elle a de bons restes auditifs. Nous codions pour toutes les occasions de la vie courante, pour les jeux, les histoires. Pour contourner la difficulté pratique de l'histoire codée, avec le livre à lire à l'envers, je lui racontais chaque soir "l'histoire de la petite Marie" qui reprenait ses aventures de la journée ou son programme du lendemain. C'était pour elle un moment privilégié de communication codée, qu'elle recevait indifféremment avec ou sans ses appareils. Nous lui chantions - à sa demande- de plus en plus de chansons comme "Petit papa Noël" (tous les soirs de décembre à juillet !)…Un jour, Marie me dit: "Tu me chantes la chanson du petit Blaireau". Intriguée, je finis par réaliser qu'elle avait mélangé l'histoire du petit blaireau et la chanson "Mon ami Pierrot" que je venais de lui faire découvrir ! Le code m'a alors permis de clarifier les choses...

Malgré ces petites confusions, Marie progressait grâce au LPC qui l'aidait à améliorer son expression. Elle est passée de "Maman veut?" à "Maman Tu veux?" puis "Tu en veux?". Je lui codais "Marie, tu, tu ,tu veux?" et elle rigolait tout en intégrant progressivement la structure correcte. Elle est de même passée de "Maman, tu fais?" à "Maman, qu'est-ce que tu fais?"
Son vocabulaire s'est enrichi de plus en plus, elle a appris à dire des mots nouveaux comme "trottinette",ou des mots compliqués comme "automobiliste" ou "explorateur" qui sont passés par divers stades intermédiaires. Ses essais de nouveautés parfois malencontreux (j'ai vu la "pyradine" du Louvres, je suis montée dans "l'aquarium" derrière le poney) pouvaient sans peine être corrigés, sans que cela ne soit une corvée car nous pouvions lui présenter la prononciation de manière claire et ludique grâce au code.

Nous avons aussi poursuivi l'utilisation du LPC sans la voix. Nous le faisions à certains moments comme celui du bain, avec les mêmes rituels qu'au début: "Où est ton canard, où est ton pied?"…et cela marchait très bien. Nous pouvions tout lui faire comprendre, parfois elle reprenait même des mots inconnus presque correctement.
Puis Marie a fait plusieurs otites qui l'ont empêché de porter ses appareils et l'intérêt du code s'est révélé encore plus clairement, notamment pour ses grands parents, qui réussissaient habituellement à se faire comprendre sans coder. Sans le code la communication passait mal, avec le code, c'était limpide, et pour nous qui codions sans difficultés, l'absence des appareils devenait tout à fait invisible!

Nous avons encore pu confirmer l'apport du code par rapport à la lecture labiale pure en jouant avec Marie dans son bain. Si nous utilisions les même phrases connues, dans le contexte attendu sans coder "Où est ton bateau, ton dauphin?..." Marie très attentive répondait fièrement sans se tromper, mais si tout à coup nous changions de sujet : "Marie, tu rinces tes cheveux?" Alors notre petite fille ouvrait de grands yeux en disant "Quoi; Maman?!" puis nous codions et la compréhensions devenait immédiate.
De même, par rapport à la lecture labiale plus audition, ou à l'audition pure, quand nous parlons trop vite sans coder, ou que quelqu'un a dit quelque chose qu'elle n'a pas compris, Marie nous dit "Quoi, Papa? Quoi Maman? et nous codons et elle répond :"Ah, oui...", satisfaite.

En conclusion, je dirais que nous sommes complètement convaincus de l'utilité et de l'efficacité du LPC même pour des enfants qui ont de bons restes auditifs, et même si nous entendons souvent dire au sujet de notre petite fille qu'on n'aurait jamais deviné qu'elle était sourde.
Nous ne lui ferons donc pas ce faux cadeau de la considérer comme une petite fille entendante et de ne plus coder... Au contraire, nous continuons ... et remercions encore tous ceux qui nous ont aidé à découvrir le LPC.

(Ce témoignage a été présenté lors de l'assemblée générale de l'ALPC le 6 octobre 2001)
   

ALPC 2010
  Association nationale pour la promotion et le développement de la Langue française Parlée Complétée 
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