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   Conférence de presse du 26/09/2008
 Journées d'Etudes de l'ALPC, Strasbourg,
19 et 20 janvier 2008
 

18èmes Journées d'Etudes de l'ALPC
19 et 20 janvier 2008

Fondements et Avenir du LPC

 

Les 18èmes Journées d'Etudes de l'ALPC ont accueilli 210 personnes, professionnels de la surdité, étudiants (futurs orthophonistes, futurs codeurs) et parents d'enfants sourds.

Le thème retenu "Fondements et Avenir du LPC" a offert l'occasion de s'interroger sur la place et le rôle du LPC face aux nouvelles donnes médiacles, technologiques et face aux nouvelles pratiques (éducatives et rééducatives) qu'elles imposent.
Auparavant, les fondements du LPC (rythme, prosodie, langage) avaient été revisités.

Avec le soutien de :

La mairie de Strasbourg, Cochlear, Editions Mardaga

 

 
Synthèse de ces journées par Jacqueline Leybaert, Professeure à l'Université Libre de Bruxelles, Présidente du comité scientifique de l'ALPC,.
   
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Chers participants,
Il me revient le plaisir de conclure ces 18e journées d’études de l’ALPC.
Nous devons le titre de ces journées « Fondement et Avenir », à un membre éminent du comité scientifique, et ami, le professeur Michel Imbert. Qu’il trouve ici nos remerciements pour ces mots qui ont ouvert les chemins que nous avons parcourus pendant ces deux jours.

Conclure ou faire un résumé de ces deux journées est difficile, car beaucoup de choses se sont dites. Il me semble toutefois qu’il y a un maître mot qui est souvent revenu, le Temps. Dans les interventions des jeunes, j’ai relevé une série d’expressions : « gagner du temps », « diminuer le rythme », « il m’a fallu du temps », « transmission directe », « apprentissage », « adaptation », « on trouve des choses pour raccourcir » ; « il faut improviser, mais rapidement », « un cours de philo qui allait très vite », etc. Fabienne Moens en tant que psychologue a également parlé de la « sidération » de certains parents, l’ « arrêt  du temps» devant le diagnostic de surdité. J’ai préparé quelques digressions autour de la relation entre Tems et Surdité.

Le thème : « Fondements et avenir », questionne comment la place du LPC dans le développement de l’enfant sourd a changé en fonction du Temps. En ce qui concerne l’avenir, nous nous sommes interrogés sur la place du LPC par rapport aux changements technologiques, de société, au diagnostic précoce, à l’implant cochléaire, au changement dans la position des codeurs. Comment s’adapter à tous ces changements, en tant qu’enfant, que parents, qu’orthophonistes, que médecins, chirurgiens ? Ces changements vont vite, très vite même, ce qui justifie la belle formule qu’a utilisée le Dr Eliott :  « il faut ralentir le temps ». C’est bien ce que nous avons fait durant ces deux jours : arrêter nos activités extérieures pour s’informer, réfléchir, puis repartir.

En ce qui concerne les Fondements, je voudrais vous faire partager un souvenir, celui des journées d’études à Caen. Je ne me souviens plus exactement « quand » elles ont eu lieu (en 1988 ? ou 89 ?), mais je me souviens de la conclusion extraordinaire qu’avait faite Jean-Louis Chambon. Les discussions durant ces journées portaient sur des questions telles que : le LPC permet-il aux enfants sourds d’atteindre un niveau de lecture comparable à celui d’enfants entendants ? Comment concevoir le développement de la mémoire phonologique avec le LPC ? Qu’en est-il des habiletés pragmatiques des enfants sourds ? A cette époque-là, on s’efforçait d’établir l’efficacité de l’outil LPC pour le développement social et cognitif de l’enfant sourd profond. Aujourd’hui, il me semble que les réponses à ces questions-là sont tout à fait acquises. Un jeune sourd me confirmait hier : « on sait tout ça. Il faudrait que tous les professionnels qui s’occupent d’enfant sourds sachent cela aussi. Il est possible pour les jeunes sourds d’avoir un bon apprentissage de la lecture, de faire des études poussées, etc ».

Les questions que nous discutons dans ces Journées d’Etude sont à la fois les mêmes et chaque fois poussées plus loin. Quand on regarde les questions que nous avons traitées au cours de ces deux journées : les enfants sourds peuvent-ils avoir accès à la musique ? Comment ils peuvent apprendre une seconde langue aussi difficile que l’anglais ? De telles questions n’étaient pas prévues par Cornett, qui avait conçu le LPC pour favoriser l’accès à la lecture chez les enfants sourds. Il y a donc eu des avancées, il y a des problèmes qui sont résolus et aussi de nouveaux problèmes qui sont posés, par rapport auxquels il faut réfléchir.

Par rapport aux problèmes nouveaux, il peut y avoir des divergences d’opinions. Il y a en a eu très peu ici, on peut le regretter, car, parfois, les solutions viennent d’avis opposés. Vous allez partir d’ici avec des questions non résolues. Je pense à la discussion qu’on a eue hier sur le babillage, le type de stimulations qu’on peut donner précocement à un enfant (l’exposé de Chantal Descourtieux) ; ou à la question : qu’est-ce qui fait que l’alchimie prend parfois entre l’enfant, les parents, l’orthophoniste, et pas d’autres fois ? Avant, on aurait répondu « il faut coder beaucoup et précocement ». Ignacio Moreno a répondu de façon légèrement différente à cette question, en disant : « peut-être que le LPC aide aussi les parents à devenir créatifs ». La question reste ouverte.
Vous partirez aussi avec des questions sur l’intégration audiovisuelle chez les enfants munis d’un implant. L’implant permet une restauration de l’audition, et pourtant, face à des stimuli audio-visuels incompatibles, il y a quelque chose qui se passe et qui est différent de ce qui se passe chez l’entendant. J’ai aussi posé la question : pourquoi les enfants munis d’un implant n’ont-ils pas les mêmes capacités d’écoute dans le bruit que les entendants ? Il faut se garder de conclure trop vite, de croire qu’on a rapidement les réponses à ces questions nouvelles. On a soulevé des problèmes, déplacé le questionnement, il faut maintenant le laisser mûrir, le confronter à nos lectures, à nos réflexions et laisser le temps au processus d’élaboration des réponses.

Je n’ai aucune crainte que ce processus de questionnement entre la réunion de Caen et aujourd’hui se poursuivra dans l’avenir. Nous avons reçu ici des contributions scientifiques de jeunes doctorants ou docteurs, sous forme de poster. Ces contributions étaient très intéressantes. Il n’y a jamais eu autant de jeunes chercheurs qui s’intéressaient simultanément à la question du LPC, et sous différentes facettes. Si vous le souhaitez, vous aurez aux prochaines journées d’études des exposés de Christelle, Emilie, Sophie, de Mario et de de Pablo et d’autres de ces jeunes doctorants qui auront clarifié leur contribution au domaine. Vous aurez peut-être aussi, à côté des témoignages des jeunes d’aujourd’hui, les premiers témoignages de jeunes enfants sourds qui ont grandi avec l’implant et le LPC, et de leurs parents.

Je voudrais vous faire part d’une réflexion plus générale à propos du Temps, élaborée par le philosophe Gunther Anders : « le temps est la voie vers l’avoir. Il n’y a de temps que parce que nous sommes des êtres de besoin, parce qu’en fait nous n’avons (constamment) pas ce que nous devrions avoir ; parce que nous sommes (constamment) contraints de nous procurer le nécessaire (…) Aux pays de Cocagne, tout ce que nous pourrions vouloir ou désirer serait immédiatement présent. Nous n’aurions qu’à tendre la main, ouvrir la bouche ou nous tourner vers la personne de nos désirs pour trouver aussitôt la satisfaction. Dans cet état, le temps et l’espace cesseraient d’exister pour laisser place à l’omniprésence des objets de nos souhaits. (…) Plus généralement parlant, ce n’est que comme êtres d’appétence que nous sommes des êtres du temps et de l’espace ».

Je pense qu’être enfant sourd, parent d’enfant sourd, orthophoniste d’enfant sourd, etc., place l’humain dans une situation de pression supplémentaire par rapport au Temps. Il y a des objectifs à atteindre en termes d’âge de développement. Cette prise en compte constante du Temps est primordiale dans ce domaine de la surdité, beaucoup plus que pour les parents d’enfants entendants qui supposent que tout va se développer bien et sans nécessairement prendre des mesures particulières.

Quelle place peut occuper à l’avenir le LPC dans toutes ces projections qu’on fait dans le temps ? Je pense qu’il faut distinguer deux aspects. D’une part, sans le LPC il y a une série de réalisations qui n’auraient pas été possibles (dans le domaine du développement linguistique, cognitif et social de l’enfant sourd) et qui ne seraient peut-être pas possible dans l’avenir. Il faut continuer à militer pour obtenir des pouvoirs publics les heures de codage dont ont besoin les jeunes sourds dans le contexte scolaire.
Peut-être qu’à côté, le LPC a une autre fonction : celle de ralentir le temps.
A côté du temps rapide, où l’enfant, baigné dans le langage oral, doit réaliser beaucoup de choses en une journée, où il doit rattraper le temps des exposés, des messages donnés par les enseignants, peut-être que les parents peuvent s’approprier le LPC pour ralentir le temps, clarifier la construction syntaxique, clarifier la phonologie d’une langue, se prendre dans le jeu du babillage, jouer à former des rimes. C’est le plaisir d’utiliser le code dont parlait Françoise Chambon dans sa très belle intervention. Ces activités de plaisir de la communication sont peut être plus faciles avec l’accompagnement de cet outil gestuel que sans. C’est donc peut-être s’abstraire de ce temps qui passe si vite et prendre le temps de partager la communication avec l’enfant. Dans ces perspectives, je pense que le LPC et la langue des signes peuvent jouer un rôle important. Permettez-vous de vous entraîner encore un peu plus loin dans ces disgressions. Certains pensent que l’origine du langage pourrait être gestuelle. Peut-être qu’en nous réappropriant le LPC et la langue des signes sommes-nous en train de nous réapproprier les possibles fondements gestuels du langage ?

Ceci me ramène à des considérations plus habituelles : les remerciements. Je voudrais tout d’abord remercier très chaleureusement les interprètes gestuels et les codeuses LPC pour le travail énorme qu’elles ont accompli pendant ces deux journées. Je suis toujours admirative de la concentration et du soin que ces personnes dédient à cette activité.

Je vais aussi remercier Agnès Weil, sa famille « biologique » et sa famille « élargie » à Strasbourg pour le merveilleux accueil qu’elle nous a préparé.
Agnès a une remarquable représentation du Temps ! Agnès savait à quel moment il fallait s’adresser aux intervenants, aux fournisseurs, à quel moment il fallait relancer, qui mettre quand au pied du mur pour obtenir … tout ce dont nous avions besoin, pour nous donner l’impression d’être ici dans un pays de Cocagne. Pour moi, ces deux journées sont celles qui se sont passé le plus sereinement, où tout s’est enchaîné merveilleusement bien, entre ici les échanges intellectuels, et là-bas les nourritures terrestres et les échanges sociaux. Tout s’est passé sans accroc, mais vous savez que derrière le plus grand naturel, il y a tout un travail de montage, démontage, pour arriver dans la forme qui semble quasi-parfaite et qui a très bien fonctionné. Donc bravo Agnès. Et bravo aussi à Carol Aboaf pour tout le travail fourni dans la discrétion qu’on lui connait. Le point noir de cette admirable réussite, c’est que ça place la barre très haut pour les suivants, qui prendront en charge l’organisation des prochaines journées d’études !

J’en profite pour remercier tout le monde : les jeunes, qui ont témoigné avec intelligence, chaleur, honnêteté, de leur vécu. Les parents, les orthophonistes, les professionnels, les scientifiques, tous les intervenants pour le temps qu’ils ont pris pour préparer leurs interventions, et aussi tous les participants pour avoir assisté avec assiduité à ces exposés, pour avoir prolongé ces échanges par leurs questions.
Il me reste maintenant à vous quitter. Il est temps de repartir chacun chez nous et de reprendre notre lutte quotidienne contre le Temps pour atteindre nos objectifs de chaque jour, en tant que parents, enfants, orthophonistes, médecins, chercheurs.
Bon retour à Bordeaux, à Caen, à Toulouse, à Paris, à Lille, à Nantes, et dans toutes les villes de France, bon retour à Glasgow, bon retour à Malaga, et même à Bruxelles. Et a bientôt, que ce soit au stage d’été ou aux prochaines journées d’études.
Jacqueline Leybaert

   

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